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Histoire du peuple lamé

 

   

                  Carte du pays lamé

L’histoire du peuple Lamé est encore mal connue. En état actuel, aucune documentation écrite ancienne ne donne une réponse satisfaisante.

Toutefois, selon la tradition orale, les Lamé viendraient de la région du Chari Baguirmi dans le Soudan central et feraient partie intégrantes des populations issues du royaume du Baguirmi préislamique du XVe au XVIIe siècle. Ils auraient quitté cette région au début du XVIe siècle et s’est dirigé vers l'extrême sud. Après avoir traversé le fleuve Logone, ils se sont d'abord installés dans la région de Pala au Tchad. De là, il y a eu scission du peuple en trois groupes distinctes :

        Le royaume du Baguirmi

* Le premier s’installa dans la région et y fonda le royaume de Herdé de Pala. Ce sont les Zimé-Herdé actuel.

* Le deuxième groupe se dirigea vers l’est dans la région de Kélo et y fonda leur royaume. Ce sont les mesmé de Kélo.

* Le troisième groupe enfin, se dirigea vers l’ouest en longeant le Mayo kebbi pour se retrouver sur la falaise de Ngaoundéré au Cameroun et repousser chemin à travers la plaine de la Bénoué. 

L’historien Eldridge Mohamadou (1972) affirmait que ce dernier groupe, lors du retour de leur périple sur la falaise de Ngaoundéré et en longeant le Mayo Kebbi à la recherche de la terre arable dans la région de Bibémi qu’il rencontra les Moundang et de cette rencontre est né le nom pévé. Il remonta enfin de là pour implanter leur première chefferie aux pieds du mont Gumbayré dont Dju Gumbay Ier en fut le fondateur.

           Mont Gumbayré

Pour l’heure, les raisons de leur départ du royaume du Baguirmi dans le Soudan central (au Tchad) et de la scission du groupe en plusieurs sous-groupes distinctes restent inconnues.

L’administrateur des Colonies Lami (1945) dans son article La chefferie pévé de Lamé, situa la période de l'implantation de Dju Gumbay Ier aux pieds du mont Gumbayré dans les encablures de Rey Bouba au Cameroun au fin XVIe et début XVIIe. De là, il s’établit d’abord à Sato et puis à Lamé au Tchad. Lami dresse une liste de succession généalogique des souverains comme suit:

Dju Gumbay Ier

Dju Woing Ndoro,

Dju Djuwa’ Ier

Dju Ndzayla 

Dju Sa’refe 

Dju Woing, sous le règne duquel arrivèrent les premiers Peuls fondateurs du lamidat de Rey Bouba vers la fin du XVIIIème siècle avec qui il fit alliance contre les Lakkas 

Dju Djuwa’ II 

Dju Danra’ Ier (son nom veut dire le roi qui ne cède pas son trône) 

Dju Gumbay II, de son vrai nom Liadari, sous le règne duquel arrivèrent les premiers Blancs (Mission Maistre) en 1893   

Dju Futa (roi soleil)  

Timbi Dju, (le roi à la calebasse) qui fut tué en 1914 par les colons  

Dju Danra II, qui régna de 1915 à 1935   

Dju Gumbay III  

Dju Lawtu.

Il faut également noter que, l’arrivée des conquérants peuls dans le pays Lamé s’est accompagnée d’un déplacement massif de la population fuyant les combats pour se réfugier dans le pays Moundang voisin de la région de Léré au Tchad. Au terme de violents combats, les Lamé firent alliance avec les Peuls et les aidèrent à combattre les peuples voisins notamment les Lakka pour fonder le lamidat de Rey Bouba. L’on peut situer également le deuxième contact entre les Lamé et les Moundang à cette période. C’est ce qui peut aussi expliquer le degré du métissage culturel observé au sein de ces deux sociétés (lamé et moundang).


Extrait de : Mountchi, G. (2020), Genre et Concept de Dieu dans la traduction du Nouveau Testament et Psaumes en lamé, Mémoire de master en traduction, ASTI, Université de Buéa p.14-16


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